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| Richard
Lenana Ole Pulei. Ce quinquagénaire Massaï, premier conseiller régional handicapé du Kenya, revient sur ses motivations à entrer en politique au service des plus démunis... |
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Je suis issu
d'une famille ayant une longue tradition de commandement : mon père
était chef, de même que les deux frères qui lui ont succédé après sa
mort. Ici en Afrique, la vie est difficile pour une personne handicapée
: rien à voir avec l'Amérique ou l'Europe. Le handicap est considéré
comme une malédiction, un mauvais présage; les personnes handicapées
sont vues avec crainte ou pitié, on les abandonne à leur sort, on ne
les traite pas comme de vrais êtres humains, on les laisse simplement
souffrir le reste de leur vie. J'ai eu beaucoup de chance que mes parents
m'aiment et ne m'abandonnent pas. Quand j'ai contracté la poliomyélite,
ils ont fait en sorte que je reçoive des soins médicaux. Et que je m'instruise
: j'ai étudié à l'école ordinaire, où j'étais le seul élève handicapé.
J'ai eu à faire face à de nombreux problèmes, au premier rang desquels
la stigmatisation, mais également le manque d'équipements, l'inaccessibilité
des locaux et la faiblesse des infrastructures, surtout routières. Mes
condisciples, qui me considéraient comme sans valeur, inutile, ne m'ont
intégré parmi eux que parce que j'ai agi dans leur direction : je prenais
une part active aux discussions, avec un solide sens de l'humour, et
je me suis efforcé d'occuper les premières places au classement tout
en offrant mon aide à ceux qui en avaient besoin. Je prenais soin de
mon apparence vestimentaire et je chantais très bien (ce qui est toujours
le cas !), ce qui a fait que la plupart des élèves ont fini par m'accepter,
voire m'admirer...
C'est alors
que j'ai réellement commencé mes activités politiques, bien que je me
considère comme politicien depuis la naissance ! Ce qui me préoccupe
le plus, c'est de voir mes concitoyens vivre dans un état d'extrême
pauvreté, de frustration, de discrimination et de rejet : accès impossible
aux services essentiels, logements décents, eau potable, opportunités
d'emploi, etc. Pendant la période où j'étais commerçant, je me suis
trouvé au contact direct avec ces personnes. Je crois que chacun a droit
à l'égalité, que nous devons tous jouir de nos droits économiques et
politiques. Mon statut de victime moi-même de ces problèmes a fait que
je n'avais pas d'autre choix que de me battre pour les pauvres, les
nécessiteux, les sans-voix, les délaissés de notre société. Je m'en
sentais capable malgré le handicap. Je ne me suis jamais perçu comme
"handicapé" : certes, je suis physiquement handicapé mais je suis capable
de tout faire moi-même, parfois même davantage que certains "valides".
Je crois que tout le monde souffre d'une forme ou d'une autre de handicap,
dont le degré est plus ou moins visible...
C'est pour accomplir
cet objectif et porter leur voix au-delà des mers et des montagnes que
j'ai recueilli les suffrages de mes concitoyens. C'est pour moi la définition
même du mandat électoral. L'indifférence et la malhonnêteté de la plupart
de nos leaders me préoccupent; je pense que cela doit changer, que les
hommes politiques doivent se rapprocher de la population. En tant que
Conseiller, je pense avoir prouvé à mes concitoyens que j'étais capable
de conduire leurs ambitions malgré le handicap. Je me suis également
inquiété du sort des enfants handicapés de ma juridiction et veillé
à ce qu'ils soient identifiés, secourus et scolarisés. Le Conseil a
mis en place un système de bourses qui est encore minimal mais qui est
une première que nous développerons. |