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...Laquelle
est d'ailleurs revendiquée par Laurent, paraplégique beau gosse, bien
qu'il déplore de ne pas avoir dépassé "la page 4 du Kamasoutra"
tout en ajoutant que Nadège, sa compagne infirme motrice cérébrale,
et lui se débrouillent pas mal au lit ! On le voit, pas de tabou dans
ce document. La vie en institution est passée au crible : besoin d'intimité,
pulsions sexuelles et dépossession du corps, recours aux prostituées,
mise sous tutelle des pensionnaires et responsabilité du personnel,
prévention du Sida et des maladies sexuellement transmissibles, information
et mise en pratique de la contraception. Des pensionnaires expriment
leur demande - avoir des préservatifs, utiliser un lit à deux places,
aller voir une prostituée - et une revendication : "quand je vois les
valides vivre en couple, pourquoi pas nous ?". Demandes auxquelles répondent
en partie un réseau "d'assistantes sexuelles" créé en Hollande par un
tétraplégique et un sex- club ouvert en Angleterre aux personnes handicapées
et valides fétichistes, réunis par la discrimination qu'ils subissent
(sic). On déplorera toutefois de réelles limites au propos : on nous
montre essentiellement des couples formés de personnes handicapées comme
s'ils étaient la règle, un seul couple "mixte" valide- handi étant interviewé.
Pourquoi alors ne pas avoir donné la parole à Bruno Fruton, le mari
de Florence qui témoigne brièvement en introduction ? On s'étonnera
aussi de la parole portée par Jean-Luc Simon, dont la qualité de président
du peu représentatif et très militant Groupement Français des Personnes
Handicapées n'est pas mentionné : intervient-il en tant que paraplégique
ou porteur d'un message activiste ? Mais au-delà ce bémol, Désirs d'amour
montre une réalité que la société doit affronter : les personnes handicapées
ont un sexe et veulent s'en servir.
Par exemple,
la greffe des deux mains (prélevées sur un cadavre) sur un homme amputé
est certainement une prouesse chirurgicale. Mais passer sous silence
l'impact psychologique sur le patient et les conséquences médicales
revient à le considérer comme un cobaye : il restera à vie dépendant
de médicaments anti- rejet réduisant ses défenses immunitaires, à la
merci d'affections microbiennes ou virales pouvant entraîner une mort
prématurée. Qu'aura- t-il gagné par rapport à sa situation antérieure
en terme d'aptitudes, comment son psychisme encaissera- t-il le choc
? La réalisatrice n'avait pas alors suffisamment de recul pour l'apprécier,
mais nous avons depuis appris que le premier greffé "d'une main étrangère"
(le néo- zélandais Clint Hallam) s'était fait amputer
de ce membre qu'il ne pouvait plus supporter. La présentation de la
vie d'un homme amputé bras- jambe est d'ailleurs assez significatif
: cette mise en parallèle des deux situations penche fortement pour
l'appareillage, le bénéfice humain apparaissant nettement supérieur.
Bénéfice qui apparaît très clairement dans le domaine de l'implantation
cochléaire, la greffe de cornée ou d'un coeur artificiel temporaire
en attendant un organe vivant compatible ou encore la stimulation cérébrale
pour contrôler les tremblements parasites générés par la maladie de
Parkinson. Bénéfice qui reste à connaître pour Marc Merger, le premier
homme à pouvoir remarcher - ou plutôt traîner les pieds sur un sol lisse
sur quelques mètres, les mains vissées sur un déambulateur - grâce à
des implants sous- cutanés : qu'a- t-il gagné en terme d'autonomie,
de qualité de vie, de maîtrise de ses fonctions urinaires, sphinctériennes
et sexuelles ? (Lire cet
article paru en octobre 2000). L'homme en morceaux apparaît comme
un catalogue d'idées et d'expérimentations pouvant faire naître des
espoirs prématurés s'ils ne sont excessifs. La réflexion qualitative
viendra peut- être du débat qui suivra la diffusion d'un documentaire
dont les images brutes d'interventions chirurgicales sont à déconseiller
aux âmes sensibles.
Alors qu'il
recrutait du personnel pour s'occuper de lui dans son domicile situé
dans un splendide hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris, un
jeune "beur" issu d'une cité difficile se présente : Abdel Sellou venait
simplement faire signer la feuille de visite de l'ANPE, il est resté.
Il est devenu beaucoup plus que "les bras et les jambes" de Philippe
Pozzo di Borgo : "C'est grâce à Abdel que je suis assis aujourd'hui;
à sa manière un peu sauvage il me remet d'aplomb". Abdel qui trouve
en Philippe un investisseur pour son projet de centre balnéaire au Maroc.
Il est néanmoins dommage que la journaliste ait voulu insister sur la
splendeur passée d'un "aristo" dont la fortune s'est dissoute dans les
séquelles de son accident. Au risque de réduire une belle leçon de courage
et d'entraide à un simple échange mutuel de bons procédés. Pour plus
de "vérité" sur la vie de Philippe Pozzo di
Borgo, on se réfèrera donc utilement à
cet article paru sur Yanous en novembre 2001 et à l'autobiographie
"Le
Second Souffle" parue chez Bayard. |